62- Transcription de la vie de St Laurent par l'église bretonne

EXTRAIT DE"BUE AR ZENT "   - traduit du breton au  français par Yvon Garrec

 

 note: l'ouvrage "bue ar zent " était  , autrefois  , présent dans de nombreux foyers bretons et chaque soir était lue la vie du saint du jour

 

 

 

 

 

 

 

 

La vie des Saints

Composée par Monsieur Perrot

Vicaire de Saint Vougay

 

Repris par E. Le Moal

Directeur de « La Croix des Bretons »

Pour l’évêché de Saint Brieuc et Tréguier

Avec imprimatur de l’évêché.

Illustré par « Ar Gwennek »

Transcription littérale.

 

Le 10 août

 

Saint Laurent

 

Diacre et martyr (259)

 

L’empereur Valérien avait édicté une nouvelle loi contre les chrétiens en l’an 258 :  « Les évêques, les prêtres et les diacres seront mis à mort dès qu’ils seront connus ;  les sénateurs, les nobles et les chevaliers de Rome perdront leur rang et leurs biens et s’ils continuent à se déclarer chrétiens après cela, ils seront décapités ;  les femmes de haut rang seront aussi dépossédées de leur biens et envoyées en exil ; les serviteurs de l’empereur qui sont connus en tant que chrétiens  avant cette loi, et qui persévéreront dans leur foi, seront dépossédés de leurs biens, puis enchaînés et envoyés dans les propriétés du gouvernement pour  travailler comme esclaves.

 

La loi ne parlait ni du peuple ni des gens de rang modeste. L’empereur ne frappait qu’au sommet. Il savait qu’en s’attaquant aux prêtres, aux nobles et aux puissants serviteurs du palais, il affaiblissait  le peuple qui ne pourrait rien faire sans chef, sans argent, sans églises. Par ailleurs,  le peuple était entravé par une autre loi édictée l’année précédente (257) « Quiconque voudrait relever une société dissoute sur ordre du gouvernement ou faire des rassemblements ou continuer à entretenir les cimetières serait traduit devant les tribunaux ».

 

La loi initiée par l’empereur et votée par le sénat de Rome fut immédiatement mise en application. L’évêque de Rome le pape Sixte fut arrêté pendant qu’il prêchait aux fidèles dans le cimetière de Prétextât, et avec lui on arrêta aussi six diacres qui l’assistaient pendant l’office. Il fut condamné à être décapité sur le lieu où il avait été capturé. Laurent le premier diacre n’était pas présent quand cet évènement se produisit. Dès qu’il l’apprit il se précipita pour dire au revoir à son évêque et à son père.

 

-Père dit-il, où êtes vous allé sans votre fils ? Vous, évêque, où êtes vous allé sans votre diacre ? Vous n’avez pas l’habitude de célébrer le sacrifice sans votre ministre ! Est-ce que je vous ai déplu ? Trouvez vous que j’ai été lâche une fois ou l’autre ? Maintenant, voulez vous voir le courage de celui en qui vous avez mis votre confiance pour partager le sang du Christ Notre Seigneur ?

 

-Séchez vos larmes mon fils répondit le Saint Père, vous ne serez pas épargné : un tourment plus grand que le mien vous est réservé.  Moi je suis vieux,  les souffrances que je devrai supporter  seront légères ;  mais vous, vous êtes jeune et vous devrez remporter une victoire plus grande et plus glorieuse sur nos ennemis. Dans trois jours vous me suivrez.

-          

On aurait pu se saisir de Laurent tout de suite mais les bourreaux avaient un dessein qu’ils ne voulaient pas révéler immédiatement. Ils fermèrent donc les yeux et  firent  la sourde oreille pendant que les deux saints parlaient ensemble. Saint Sixte fut conduit  dans les catacombes et décapité sur la chaise où il s’était si souvent assis pour enseigner le peuple. Quatre diacres périrent après lui d’une mort semblable à la sienne. Les deux autres diacres furent aussi martyrisés le même jour, mais dans un autre lieu.

 

Après avoir martyrisé le pape, l’empereur voulait s’emparer de tous les biens de l’Eglise. Le chef étant tombé, la société des chrétiens était démembrée. Donc,  tout ce qui appartenait à cette société devait revenir au gouvernement. Ce prétexte n’avait ni plus ni moins de valeur que celui du gouvernement français d’aujourd’hui. Mais il se trompait, car selon la loi de Rome, les sociétés même une fois dissoutes pouvaient partager tout ce qu’elles possédaient entre leurs membres, et les biens qui ne pouvaient pas être partagés devaient être vendus et le prix obtenu, réparti entre les sociétaires. Voilà ce que disait  la loi. Mais que vaut la loi devant la force ? Après avoir spolié les biens, les terres et les maisons, le gouvernement voulait maintenant l’argent.

 

Mais cela ne pouvait pas se faire sans le  premier diacre. Le premier diacre avait la responsabilité de tous les biens, et à cette époque là, chez les premiers chrétiens, beaucoup de biens étaient mis en commun. C’est lui qui était le grand régisseur. Les prêtres, les fidèles, les veuves, les mineurs, les pauvres, en un mot, tous ceux qui tiraient leur subsistance de l’Eglise, tous ceux qui travaillaient dans les cimetières et les églises, dépendaient de lui. A cause de cela, la dignité de premier diacre venait tout se suite après celle du pape et c’est lui qui occupait la place vacante, la plupart du temps, quand le pape mourrait.

 

Le diacre de Saint Sixte était Laurent. Il avait été épargné dans l’espoir qu’il divulguerait au gouvernement l’endroit où se trouvaient les biens de l’Eglise. Il fut convoqué par le préfet de Rome Cornélius Sécularis et ordre lui fut donné d’ouvrir les trésors de l’Eglise et de les remettre entre les mains du gouvernement. Le saint demanda du temps pour en faire l’inventaire. On lui donna trois jours. Laurent s’attela tout de suite à la tâche de partager entre les chrétiens nécessiteux ce dont il disposait encore. Puis il leur demanda de se retrouver tous, le troisième jour, devant la cour.

 

Le jour indiqué, Laurent et à sa suite tous les pauvres de l’Eglise de Rome, les estropiés, les aveugles les boiteux et les infirmes se présentèrent sans crainte devant le préfet.

 

-Voici, dit-il, les trésors de l’Eglise ; par notre vie et nos célébrations nous ramassons de grandes richesses dans le ciel.

 

 Très irrité, le préfet ordonna que Laurent soit dévêtu  et qu’on le fouette avec des lanières garnies de pointes de fer. Malgré son corps déchiqueté et son sang qui faisait des flaques sous lui, le saint restait dans la joie. Seules ses lèvres bougeaient. Il priait Jésus le Sauveur.

 

 Le préfet ne décolérait pas.

 

-Je sais, disait-il, que tu désires la mort mais je ne veux pas que tu meurs rapidement. Tes souffrances dureront. Et il fit apporter devant Laurent, les instruments qu’on utilisait pour martyriser les chrétiens. Le martyre répondit :

 

-Vous voulez me faire peur mais le Dieu que je sers est avec moi. Je n’ai aucune crainte de vos tourments. Et pendant qu’ils le frappaient avec des bâtons et qu’on lui brulait les côtes au fer rouge  il priait son Sauveur. « Jésus, fils unique du vrai Dieu, soutenez votre serviteur qui veut proclamer votre nom et voir grandir votre gloire au milieu des tourments »

 

Il croyait qu’il allait mourir sous les coups et il priait Jésus d’accueillir son âme. Mais une voix venue du ciel lui dit. « Ce n’est pas encore fini, tu devras supporter d’autres souffrances ». En entendant cette voix, un soldat, nommé Romain, se déclara chrétien et dit à Laurent «  Je vois devant toi un jeune homme des plus beaux qui essuie le sang de tes plaies, donne moi vite le baptême »; Le saint, reconduit en prison sur ordre du préfet, pour qu’il ait le temps de macérer dans  ses souffrance, baptisa le soldat. Lorsqu’il entendit la chose,  le préfet fit flageller le nouveau chrétien et il fut décapité.

La nuit était venue. Le préfet fit recomparaître Laurent devant lui.

 

-Si tu ne consens pas à obéir maintenant à l’empereur, ton supplice durera toute la nuit.

 

Le martyre répondit :

 

 -Pour moi il n’y a ni obscurité ni inquiétude. Pour moi, toute chose est baignée par la lumière.

 

Alors le préfet fit apporter un gril en fer et  étendre le saint sur ce lit. On alluma le feu. Les bourreaux, pour augmenter la douleur, le retournaient avec des fourches. Laurent disait ne rien sentir. Ce feu disait-il est pour moi comme une brise fraîche,   mais vous, vous brûlerez dans le feu éternel. Et en se tournant vers le préfet « Ne voyez vous donc pas que je suis assez rôti sur ce côté ?  Faites moi mettre sur l’autre côté.  Maintenant si je suis assez cuit vous n’avez plus qu’à  manger »

 
voir illustration de ce supplice sur la voute de l'église de St Laurent 53- La voute
 

 Peu de temps après il disait « Mille fois merci à vous de m’avoir permis de rejoindre le royaume des cieux. » Sur ces paroles il rendit son âme à Dieu le 10 août 259.

 

                                                         Méditation

 

En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt il donnera beaucoup de fruits.

Celui qui aime sa vie, la perdra ; et celui qui perd sa vie en ce monde, la garde pour la vie éternelle.

                                           Evangile selon Saint Jean. X11. 24 25

 
 
 Nota : la présente édition date de 1910  , après la séparation de l'église et de l'état ; ce qui , sans doute , justifie le commentaire du paragraphe 7  concernant  "le gouvernement français  d'aujourd'hui "
 
 
 
ORIGINAL "BUE AR ZENT " en breton
 
ouvrir le fichier "pieces jointes "  ci- dessous
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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Yves LE MOULLEC,
29 janv. 2012 à 08:58
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